Après les ordonnances, agir dans les entreprises

Publié le 03/07/2018

L’an passé, la CFDT s’est opposée aux ordonnances réformant le Code du Travail, a fait reculer le gouvernement sur certains points et obtenu quelques avancées. Ces ordonnances modifient en profondeur les règles de représentation des salariés. Le temps est désormais à leur application dans les entreprises. C’est donc une nouvelle bataille qui s’ouvre pour les équipes syndicales : profiter des espaces de négociation qui existent pour trouver des leviers d’action en faveur des salariés. Les équipes auront besoin de l’appui de toute la CFDT. Solidaires fait le point sur l’aide proposée par la CFDT Île-de-France.

Si la loi Rebsamen de 2015 puis la loi El Khomri de 2016 avaient commencé à modifier les règles de la négociation collective, les ordonnances travail sont d’une ampleur inégalée en matière d’impact sur le dialogue social et les pratiques syndicales. Tout en renforçant, sur certains aspects (encadrement et régulation des contrats courts, complémentaire santé, égalité femmes/hommes…) le rôle des branches grâce à l’action de la CFDT, ces ordonnances renvoient d’abord à la négociation d’entreprise l’essentiel des règles de fonctionnement de la nouvelle instance, le Comité social et économique (CSE), et plus généralement du dialogue social. C’est donc un gros changement pour les équipes et le résultat dépendra de la nature et de la qualité du dialogue social dans les entreprises. Et donc d’abord de la capacité à négocier des employeurs.
agenda rencontres cse
On le sait, certains employeurs privilégieront les économies à court terme et tenteront de réduire le dialogue social à sa portion congrue.Des entreprises se sont déjà précipitées pour mettre en place le CSE à marche forcée. Pour Marinette Soler, secrétaire générale adjointe de la CFDT Île-de-France en charge de l’emploi, « là où le dialogue social existe, notamment dans les entreprises moyennes ou grandes, ces ordonnances devraient être moins problématiques que dans les entreprises de moins de 50 salariés qui sont plus durement percutées ».

Face à cette situation, la CFDT Île-de-France a fait le choix de venir en appui des équipes, en complément du soutien apporté par la confédération, leur fédération ou leur syndicat, afin qu’elles puissent construire une nouvelle stratégie syndicale qui leur permette de trouver des leviers d’action en faveur des salariés. Dès le mois de novembre 2017, l’Union régionale a proposé un dispositif d’appui aux équipes syndicales franciliennes : sensibilisation, formation et accompagnement en sont les maîtres mots.

Appropriation et accompagnement à la négociation
Sur les contenus, de nombreux outils existent, en particulier ceux construits par la confédération : argumentaires, modes d’emploi, web conférences… L’Union régionale a elle-même produit un document mettant en avant « 12 points de vigilance dans la mise en place du CSE ». Dans cette course contre la montre pour préparer les équipes, la CFDT Île-de-France et son institut de formation syndicale, l’IREFE, ont tout d’abord construit des temps d’appropriation. Des rencontres ont lieu, à l’Union régionale ou sur les territoires, parfois entre midi et deux. Elles abordent avec pragmatisme le contenu de chaque ordonnance : nouveau fonctionnement des IRP, licenciements, négociations de branche et d’entreprise, impact sur la comptabilité ou pour la transmission du patrimoine du CE vers le CSE. Le 3 octobre prochain, une rencontre spécifique, en soirée, à destination des équipes d’entreprises de moins de 50 salariés, est aussi programmée.

« Lors de ces rencontres, précise Hassan Mohamed, délégué régional en charge des questions d’emploi, nous insistons beaucoup sur l’importance de la négociation préalable à la mise en place du CSE. Nous abordons aussi avec les équipes les questions de méthode et les priorités à avoir en tête ». Petit à petit, les équipes s’approprient ces ordonnances, comme en témoigne Yann Frioux, délégué régional qui anime avec Hassan ces rencontres : « Les questions des militants tournaient surtout autour des moyens. Aujourd’hui, on nous interpelle davantage sur des points précis, sur le périmètre de mise en place ou encore sur l’accord de dialogue social, qui permet d’obtenir des avancées extra-légales avant la mise en place du CSE ». Un constat partagé par Annick Pradères (Union professionnelle santé sociaux Île-de-France), au sortir de la rencontre du 23 novembre : « Les militants sortent ragaillardis et plutôt rassurés car les ordonnances sont présentées de manière claire et l’accent est mis sur des éléments de pratique syndicale qui nous sont familiers ».

Pour animer ces réunions, l’Union régionale et l’IREFE s’appuient sur leurs réseaux de partenaires, avocats et cabinets d’expertise. Les rencontres sont donc le plus souvent co-animées avec les cabinets conseil Cekoya expertise, Ethix, Syndex, mais aussi avec les avocats du réseau AVEC. « Cette collaboration est très utile, souligne Marinette Soler, secrétaire générale adjointe. Les experts et avocats nous apportent leurs compétences techniques dans les domaines légaux ou comptables et nous complétons par des éléments de pratique syndicale ».

L’Union régionale intervient également, à la demande, dans les rencontres de ses équipes, pour y aborder tout ou partie des ordonnances réformant le Code du travail. La CFDT Île-de-France propose enfin un accompagnement des équipes aux négociations dans les entreprises sur la mise en place, les moyens et le fonctionnement du CSE, sur la négociation du protocole d’accord préélectoral ou encore sur la prise en charge de la santé au travail dans le cadre
d’une instance unique.

Se former pour agir
Pour la CFDT Île-de-France, l’un des enjeux majeurs est la formation des équipes qui seront amenées à négocier la mise en place du CSE, puis à siéger dans les instances. « Il est essentiel que les équipes négociatrices se forment pour construire une stratégie syndicale qui leur permette d’obtenir un maximum dans les négociations, explique Valérie Waligora, directrice de l’IREFE. Au début, la publication des ordonnances a fortement impacté l’activité de formation CE et CHSCT, certaines équipes se disant qu’il ne servait à rien de se former à des mandats qui allaient disparaître ! Nous avons dû insister sur le fait qu’il n’y a pas de réel changement dans les attributions des instances représentatives du personnel, mais un regroupement des prérogatives ».

L’IREFE a publié très tôt une note alertant les équipes syndicales sur le maintien du droit à la formation
(voir encadré ci-dessous). Aujourd’hui, le dispositif se met en place, avec de nouvelles formations prévues. Dans les formations CE, la journée animée par un cabinet d’expert est désormais orientée sur la négociation de la mise en place du CSE. À partir de 2019, le catalogue de formations de l’IREFE va être profondément revu et intégrera une nouvelle formation sur le CSE avec la programmation de nombreuses sessions qui permettront aux élus d’acquérir les nouvelles compétences nécessaires.

Toute la CFDT Île-de-France est donc en ordre de marche pour le flot de négociations qui devrait arriver en début d’année prochaine.
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